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Quand donc, armés de la prétendue et sacro-sainte objectivité, nos deux héroïques biographes de Mauriac et de Saint-John Perse se proposent de nous livrer, en quelques pages, le secret de vies de créateurs, ils ne prétendent même plus expliquer les oeuvres. Plus d'un siècle de querelles a fait rage après que Proust, dans son Contre Sainte-Beuve, s'insurgeait contre ce déterminisme-là, réclamant une approche inverse des écrivains, militant pour un regard partant de l'oeuvre, devant primer sur le récit factuel des jours (une vision que n'aurait pas renié Perse lui-même, à se fier à certaines de ses déclarations). Leur déterminisme à eux, se situent en-deça de cette prétention mais n'en est pas moins agissant quoique dans le cas de Mauriac, notre intrépide biographe prétende tout de même éclairer des parts de "refoulement" dans les entrelacs de ses romans, par ses tonitruantes révélations. Il s'agit, avant tout, de démontrer combien ces personnages, naguère enveloppés d'un halot fait sinon d'admiration, au moins d'une présomption de spécificité communément admise, due à leur statut d'artistes, sont en fait non seulement ces "misérables petits tas de secrets" décriés par Malraux dans ses Antimémoires, mais en fin de compte, les incarnations d'entreprises de constructions, de dissimulations, et finalement, des malentendus dont leurs oeuvres ne sont que la vaine tentative de sublimation. Des faussaires, en somme : des menteurs compulsifs, au pire (le cas de Perse) et des névrosés, au mieux (le cas de Mauriac). C'est, de manière on ne peut plus harmonieuse, ce vers quoi convergent les démarches des deux biographies qui nous importent ici, avec la traînée médiatique qui en a accompagné la promotion. On ne s'étonnera donc pas que dans les deux cas, les biographes-historiens patentés nous livrent chacun à sa manière de très beaux exemples de cette ambition de "démasquer" les figures vraies des écrivains visés, sous les stratégies dérisoires dont ils se sont servis de leur vivant. La biographie de Mauriac, dite "biographie intime", se propose par conséquent de débusquer chez l'écrivain une homosexualité refoulée, vécue dans la honte et la dissimulation, qui mettrait en lumière bien des fuites devant le secret, dans la vie comme dans les oeuvres. Bien entendu, tout se passe comme si les mises en perspectives, parmi les plus subtiles, émanant des spécialistes de l'oeuvre de Mauriac, à propos de certaines énigmes de la dimension morale de l'oeuvre du romancier, n'avaient jamais existé, devant ce propos biographique présenté comme inédit. De la même façon, c'est dans la volontaire ignorance de toutes les études biographiques parmi les meilleures, établies par les persiens depuis bien des années - et qui avait justement permis, ô combien, de mieux appréhender la construction par Perse de sa propre légende - que le propos de la biographie de Saint-John Perse s'est présenté, et a été diffusé par les médias. Dans le cas de Perse tout particulièrement, ce tour de prestidigistation pour naïfs s'apparente factuellement à de la supercherie, quand on sait l'importance de cette vaste enquête effectuée dans les études persiennes à propos de cette thématique, avec des outils de mise en regard avec la construction de l'oeuvre elle-même, dans des apports si enrichissants. Peu importe finalement l'étendue même de cette supercherie, à propos de laquelle il faudrait, pour me répéter, consentir à une analyse de fond qui n'est pas l'objet du présent propos ; ce qui compte surtout ici, est que comme on pouvait s'y attendre, les journalistes qui y ont consacré des articles, ont pour la plupart relayé ce discours d'une prétendue démystification exclusive, coup de feu dans le ciel trompeur d'admirateurs béats. Mieux : les lecteurs de Saint-John Perse, admirateurs, amateurs mais surtout spécialistes du poète, ont été présentés en ce sens, comme une "communauté" homogène de thuriféraires intégristes et sectaires ; au-delà de cette présentation assez dérisoire, on peut avoir la faiblesse d'y voir une autre illustration de ce discrédit volontairement porté à tous les spécialistes littéraires de l'écrivain, de tout écrivain d'ailleurs. La tentation est bien trop grande dans les médias, grands consommateurs de clichés, de souscrire avec enthousiasme à ce genre de balivernes de bas étage : l' "accroche", dans ce cas, est toute trouvée, et la seule occasion d'évoquer Saint-John Perse sera celle-là, qu'on s'en contente. Les médias, à vrai dire, sont si versatiles et en dehors même des nuances vraies, qu'il suffirait de peu pour que la tendance fût inversée. Pour l'heure, et disons-le encore, même si certaines approches mieux inspirées se sont éloignées de cette véritable propagande, la médiatisation de cette biographie a donné lieu, c'est là un fait, à l'un des déferlements "anti-Saint-John Perse" les plus vigoureux de ces dernières années dans la presse française. Cette occurrence donne donc un exemple de référence, comme une sorte de grossisement exponentiel, d'une hostilité latente qui traîne dans les médias à l'encontre de Saint-John Perse, et qui se survit à elle même, au fil du temps.

  

Dans un tel contexte, tout se passe comme si rien ne s'était jamais produit au sein des études spécialisées, et en l'occurrence, des études persiennes, car ce type d'attaque a pour autre particularité de faire table rase de la lente accumulation des commentaires avertis surtout dans le domaine de la littérature, quand il est plutôt question de dénigrer spontanément : la malveillance ne s'embarrasse pas de notes en bas de pages et est plutôt voisine de l'ignorance. Car après tout, ce qui importe ce faisant, c'est aussi de proclamer, à l'appui des savoirs "positifs" (et la biographie à prétention historiographique en est un), l'inanité des humanités littéraires, et de déjouer un éventuel monopole de l'approche de la littérature, que voudrait s'arroger le critique. Le journaliste ainsi légitimé par une instance "sûre" sur laquelle s'appuyer, en dehors des discours des "littéraires" forcément suspects de partialité, se fera l'écho du biographe, dont la fonction est comme devenue au fil du temps une sorte de label. Car il ne saurait plus y avoir, on l'aura compris, d'extraterritorialité propre à l'appréciation de l'écrivain et de son oeuvre : lui comme tout autre, doit pouvoir être appréhendé par des outils "objectifs" qui, une fois pour toutes, disent leur fait à cet ensemble de vieilleries que son valeur littéraire et repères esthétiques. La création, comme toute autre activité de l'esprit, ne peut plus prétendre échapper au nouveau positivisme de notre temps. C'est sur les présupposés de cette véritable idéologie de la dépréciation, de cette institutionalisation du nivellement, que selon une trajectoire assez linéaire, le discours biographique a suivi aussi en France, les évolutions que l'on connaissait déjà dans le monde anglo--saxon. L'oeuvre, après tout, devient bien secondaire, par rapport à la prise en compte déterministe d'un itinéraire de vie qui doit tout dire, qui peut tout dire d'un créateur. Ne pas être lucide sur ce mouvement de fond pourrait exposer à bien des surprises, quand au contraire ceux qui ont suivi les yeux ouverts cette évolution-là, ne seront pas étonnés que Perse connaisse lui aussi les affres de cette mutation, d'autant plus que dans son cas, une image dépréciative ancienne avait déjà préparé le terrain. Dans cette lessiveuse de l'esprit, on devine que le poète archaïsant et focément dépassé, par ailleurs diplomate controversé, ne peut tenir le choc, et c'est bien la fierté de l'époque, que de pouvoir démystifier la réputation surfaite de ce faussaire d'un autre temps. Je répugne, certes, à donner encore publicité à ces articles de plumitifs aigris, mais on pourrait encore penser à une construction personnelle, j'imagine, si je ne produisais, même à pur titre d'exemple, un morceau de bravoure de ces articles de presse particulièrement pénibles qui ont suivi la publication de l'ouvrage. Ainsi, le très délicat, très profond et très subtil Raphaël Sorin, critique et éditeur, écrivait-il dans Libération en novembre 2008, après avoir recommandé le remarquable ouvrage :

> De la tentation de caricature à la malveillance

Saint-John Perse vu par les médias - LE GRAND MALENTENDU

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Il y a quelques années encore, une pareille vogue n'aurait pas été possible, et l'édition française a résisté un temps au vent mauvais venu d'outre-Atlantique, où ce type de publication a fleuri voilà bien longtemps déjà. Mais les digues, depuis, ont bel et bien cédé. Il était inévitable, dans ce mouvement inexorable, que vint le tour de Saint-John Perse, proie d'autant plus intéressante à dépecer, qu'on avait vaguement entendu parler d'un moment d'appréhension nouveau, dépassant la légende édifiée par le poète lui-même. Rien n'est plus passionnant dans cette veine-là, que de mettre la main sur un exemple de construction de la personnalité, où tout fleure bon la vulgaire mystification, le mensonge et la manipulation : le combat était joué d'avance, et il fallait bien que Perse fût traîné devant le haut tribunal de la transparence, credo de l'époque, avec ses juges médiatiques et ses procédures de tapage ordurier. Enfin démasqué, le "vrai" Saint-John Perse allait pouvoir être livré à l'appréciation de tous, sans les faux-fuyants de ses idolâtres lecteurs. Et ce fut, dès l'automne 2008, après la publication de l'ouvrage en question, une succession nauséeuse d'articles de presse rivalisant d'agressivité et engagés dans une surenchère effrénée. Je me suis amusé à archiver ces articles, mais je ne ressens pas le besoin d'en produire ici des extraits significatifs, à l'exception de l'un d'entre eux, à titre de preuve : reproduire in extenso ces pièces serait, là encore, leur redonner une publicité bien inutile.

L'ouvrage, à dire vrai, relève tant de cette mutation de la caricature en malveillance agissante, qu'il faudrait certainement y consacrer des analyses autonomes, pour en rendre compte correctement et épuiser le sujet. L'heure n'est pas encore venue néanmoins de ce loisir-là ; pour le moment, il importe surtout qu'une publication de cet ordre, se donnant pour "biographie", fondée sur une attaque systématique et sans mesure de l'homme, ne tenant compte aucunement de l'oeuvre, colportant les pires lieux communs historiographiques, un ouvrage accablant tant dans sa lecture que par la férocité qui l'anime, ait pu trouver un écho plus que complaisant chez plusieurs journalistes, si empressés comme on le sait aujourd'hui à saluer l'entreprise de qui se présente comme voulant "déboulonner" les statues prétendument icôniques d'écrivains. La posture a encore de beaux jours devant elle, si l'on en croit le succès de ce type de "biographie" volontairement hostile : à peu près au même moment, un autre "historien" se proposait de livrer sur Mauriac les plus fracassantes et croustillantes révélations ; Malraux fut traité à son tour de pleutre esthète, et Saint-Exupéry, de mystificateur névrosé dont on avait ignoré jusqu'alors l'ineffable bassesse.

On pourrait croire que cette vieille lune, qui a traîné dans les pires caniveaux de la presse collaborationniste durant l'Occupation, avant d'être soigneusement remise en scène avec droit de cité et sceau universitaire dûment aposé par Jean-Baptiste Duroselle - on pourrait croire donc que tout ce fatras appartient aux oubliettes de l'historiographie la plus douteuse, aux miasmes d'une très ancienne haine envers celui que Léon Daudet voyait comme le "mulâtre du Quai d'Orsay"... Ce serait compter, là aussi, sans la constance et l'ardeur de ceux aux yeux de qui, on ne sait trop pourquoi, Alexis Leger concentre toutes les turpitudes de la diplomatie française, et peut légitimement porter sur ses épaules les griefs les plus extravagants. Dans ce vieux réflexe, s'exprime il faut bien le reconnaître, une haine déployée à la fois envers le diplomate et l'homme de lettres, dont les préoccupations littéraires ne seraient, selon cette vision, à mettre finalement sur le compte que d'une lubie de dilettante. Si on n'a donc eu la chance de ne jamais croiser ce type de délire porté vis-à-vis de Perse, on pourrait croire à me lire, que j'exagère, ou que je verse dans un autre délire, celui de la persécution dont serait victime la mémoire de l'homme et de l'oeuvre. Pour autant, il serait aisé ici, de produire méthodiquement les pièces du dossier qui, en 2008 et en 2009, tout récemment par conséquent, a repris une remarquable vigueur, à la faveur de la véritable campagne de presse (fort heureusement, non monolithique, et dans laquelle de rares voix lucides se sont faites entendre) qui a accompagné la publication d'un ouvrage que je choisis volontairement de ne pas citer. Qu'on ne s'en étonne pas : il s'agit surtout de ne pas en relayer la promotion.

"Le poète est désormais quasiment illisible. Archi pompier, terriblement pompeux, il a « mérité » son Nobel. Mêlé médiocrement aux grands moments du siècle passé (il est pour la «non-intervention» en Espagne et fait de la figuration dans les accords de Munich), il demeure une proie excellente pour un bon biographe. On en apprend de belles sur sa vie amoureuse de chasseur de princesses. On s’amuse à le voir falsifier sa correspondance ancienne pour « gonfler » sa Pléiade, obtenue de haute lutte d’un Gaston Gallimard plus que réticent. Enfin, on admire comment il monte sa propre campagne pour le Nobel en se faisant aider par Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’ONU, qui devait en partie son élection à ce poste aux pressions de Hoppenot, le représentant français à cet organisme, un protecteur du poète d’Anabase."          Raphaël Sorin


Aucun commentaire ne s'impose réellement. Souvent, pour s'amuser, des hommes d'équipage... La preuve, simplement, de la synthèse proposée plus haut. Il faut le reconnaître, tous les articles de cette période n'ont pas, fort heureusement, usé d'un ton aussi vulgaire et violent : la plupart d'entre eux se sont donc borné à saluer celui qui a si brillamment "cassé le mythe". Dans cette temporalité serrée d'une succession d'articles de presse qui s'étale sur quelques semaines, comment ne pas deviner les dégâts, auprès de ceux qui n'ont jamais lu Perse et qui ont la faiblesse de se fier au minimum de probité putative des journalistes, parlant même par allusion d'une figure importante de la littérature française du XXe siècle ? Le matraquage, quand il est unilatéral, laisse toujours des traces, mêmes infimes, au regard de la réelle postérité d'une oeuvre qui, au fond, pourrait-on penser, est au-dessus de telles vicissitudes. Les brouillages, dans ce champ, agissent par touches insidieuses, surtout quand elles sont fondées sur la réitération, le ruminement d'un bruit de fond continuel. Cet exemple récent, lui-même caricatural et pourtant bien réel, d'un brusque accès général de sauvagerie à l'encontre de Saint-John Perse, prouve encore s'il en était besoin, la survivance de cette sorte de propagande qui compromet toute initiation honnête. Seuls des contre-feux ciblés, mobilisés par ceux qui ne sont pas indifférents à ces obstacles opposés à la transmission de cette oeuvre, sont susceptibles de combattre utilement et, on peut l'espérer, d'anihiler cette image mensongère qui, soyons-en sûrs, sera à l'avenir encore et encore diffusée.


L'exemple de la publication coup sur coup, à intervalles rapprochés, de deux biographies tronquées de Saint-John Perse et de François Mauriac, a valeur quasiment canonique de ce phénomène qui se confirme depuis quelques années et qui ne manquera pas de se développer encore. Aussi, même s'il faudrait s'y pencher bien plus longuement, il peut être utile de déceler dans les deux cas une logique conjointe, directement liée aux présupposés précités et dont évidemment les médias ont volontiers prolongé l'écho. Dans un cas comme dans l'autre, c'est l' "historien" qui parle, soyons-y attentifs - l'historien ou le supposé tel. Aux prises avec un flottement épistémologique de taille, certainement dynamique mais aussi néfaste en soi, le genre de la biographie est un genre hybride. A ce titre, son évolution  en dit long sur la porosité qu'il entretient entre différentes disciplines, dans une sorte d'équidistance supposée qui dissimule mal des rapports de force non dits. Même si on pourra opposer à ce constat très général nombre d'exceptions en effet indéniables, il fut un temps où les "littéraires" avaient la haute main sur le domaine des biographies d'écrivains, et des exemples fameux viennent à l'esprit, qu'il s'agisse de Troyat ou de Starobinski entre autres. L'historien, par une sorte de répartition tacite des rôles, portait en priorité son intérêt sur les "personnages historiques", au sens traditionnel et quelque peu sclérosé du terme. Cette dichotomie n'a jamais été, précisons-le encore, systématique. Le cas de l'approche de Mauriac est d'ailleurs intéressant à ce propos, car la biographie du romancier qui faisait jusqu'alors "autorité", comme on dit, était aussi celle d'un historien, Jean Lacouture, mais un historien qui a toujours eu partie liée à la littérature, sous un rapport non de servitude, mais d'une attention particulièrement fine aux données esthétiques, étudiées dans un croisement disciplinaire assez exemplaire. Sa biographie de Jacques Rivière est une référence en la matière. Les passerelles ont donc toujours été de mise, en vertu de la labilité du genre : la biographie est en quelque façon une déclinaison de l'essai, et être "essayiste" n'a jamais defini ni une méthode, ni une probité quelconque. L'évaluation normative de la biographie, quoi qu'il en soit, a toujours été, à l'instar de l'essai historiographique, la prise en compte des éléments d'une enquête rigoureuse, l'ensemble des documents censés donner le cadre du propos tenu sur l'itinéraire d'une vie. Mais quand, tirant partie de son aimantation jamais réglée vers les sciences humaines, l'historien, le prétendu tel en tout cas (car dans un rapport de force, seule l'étiquette prévaut), fait usage d'un déterminisme avoué dans son approche de l'écrivain, ce n'est jamais les mains vides : c'est armé de l'argument d'autorité d'une objectivité supposée à la faveur de laquelle il est censé se rapprocher de "la vérité des faits". Si, à l'inverse d'un Lacouture, il se fait fort de balayer un certain nombre de prédicats liés à l'appréhension de la création, ce ne peut être, bien entendu, que pour se soustraire, héroïquement, à tout un ensemble de paravents, qui légitimaient toutes les impensables censures qui ont eu cours jusque là ; notre époque vit là l'un des soubresauts d'une sorte de guerre de tranchée déclarée de longue date aux humanités, et à travers elles, à la figure autrefois tutélaire du "grand écrivain".









  

La longue carrière diplomatique de Leger l'a parfois exposé aux caricaturistes. Ici, Leger croqué en arbitre d'un match de Jui-Jitsu symbolisant le conflit sino-japonais qui éclate en 1937 (Dessin de Derso et Kelen, Journal des nations, 29 juillet 1937). D'autres caricatures, moins sympathiques, devaient fleurir plus tard dans la presse d'extrême droite contre le "mulâtre du Quai d'Orsay".

Il est quasiment inévitable que Leger, n'ayant pas été uniquement poète mais aussi homme public, ait pu susciter la caricature quant à son action politique. Mais dans son cas, un autre phénomène est tôt intervenu dans la tonalité du discours commun, mutation qui n'a pas seulement touché le diplomate, mais aussi parasité dans une certaine mesure la réception de l'oeuvre du poète. Le phénomène, déjà très commenté, connaît encore une certaine survivance, à en juger par une actualité éditoriale récente.


Dans le document présenté plus haut à titre d'exemple, on peut légitimement en savoir gré à Laurent Neumann, on l'a dit, de nous avoir fait grâce d'une énième attaque reprenant ce qui a constitué pendant longtemps et qui continue d'être auprès d'une certaine audience, l'accusation suprême, sans doute la plus basse et la plus durable qui ait été portée à l'encontre du diplomate : celle, communément adressée contre Alexis Leger, d'avoir été le fourvoyeur de la politique étrangère de la France dans les années vingt et trente, et d'avoir au cours des Accords de Munich en 1938, fait preuve d'une duplicité qui, en fin de compte, a contribué à précipiter la France dans la guerre.