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Colette Camelin, à propos de la poétique "gouvernée" de Saint-John Perse.

  

Saint-John Perse et la modernité

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Ce refus des ruptures et cette image archaïsante ont en tout cas, et pour longtemps (tout comme il en est du reste, des autres écrivains occupant cette ligne de crête), suscité plus qu'une très vive irritation auprès des auto-proclamés arbitres de la sacro-sainte modernité, et constitué des motifs suffisants à leurs yeux pour un ostracisme bien sûr dérisoire, mais révélateur de la difficulté d'une appréhension réelle de cette poésie et de ses enjeux, et plus largement, d'une certaine esthétique, à l'aune des critères étroits et forcément éphémères. Il est par exemple, assez plaisant, si l'on comprend ce phénomène et qu'on adopte une certaine distance à son endroit, de lire çà et là, de fréquentes illustrations de cet ostracisme-là vis-à-vis de la poésie de Saint-John Perse, sous les salves d'une pesante ironie, quand ce n'est dans un ton résolument agressif. Plaisant, parce que ce type de jugement à l'emporte-pièce relève mieux du réflexe révélateur que de la prise en compte sérieuse ; plaisant aussi, parce que, décidément, tant que perdurera ce type d'acception-là de la modernité littéraire, perdureront aussi les anathèmes, qui en sont les ornements.

  

Certains ont fait d’Apollinaire le visionnaire de la modernité poétique

  

S’il est désormais d’usage de faire de la conférence prononcée par Apollinaire au Vieux-Colombier le 26 novembre 1917 (“L’Esprit nouveau et les poètes”) l’un des gestes inauguraux de la modernité poétique, il peut être intéressant de savoir que c’est Breton qui y prit en charge la programmation des lectures complémentaires et qu’à ce titre, il choisit d’y faire figurer en bonne place le chant XV d’Eloges. Le fait dépasse l’anecdote, si l’on se souvient que le même Breton qualifiera Saint-John Perse en 1924 dans le premier Manifeste du surréalisme, de « surréaliste à distance ». Le terme n’est d’ailleurs pas si iconoclaste qu’il peut y paraître, car la distance est certainement le motif le plus juste selon lequel on pourrait cerner la position qui fut celle de Saint-John Perse vis-à-vis des multiples mouvements qui ont induit l’évolution littéraire et artistique du XXe siècle. Une inflexible indépendance, un écart résolu, ont déterminé l’attitude de celui qui, en octobre 1960, décline l’élection par ses pairs au titre de « prince des poètes ». Du fait même de cet individualisme (qu’il est du reste possible de rapprocher, dans une certaine mesure, de celui des autres écrivains de la NRF), Perse fut l’objet d’une certaine vénération, mais dans la réception même de son œuvre, longtemps tenu pour « inclassable » ; d’où la difficulté, en tout cas le retard d’une évaluation satisfaisante de son rapport à la modernité. Depuis lors, on s’est donc attaché à restituer Perse à son époque, à ses époques, sans pour autant lui nier sa spécificité. Les attaches de sa poétique avec les traces du symbolisme, l’importance des investigations philosophiques ou anthropologiques, les enseignements de longs processus de création, ont été autant de repères établis par la critique lors de ces dernières années.

  

Valéry et Claudel : comme Perse, aux frontières ou au cœur de la modernité ?

  

Malgré son artificialité, cette dichotomie aux rôles bien distribués a imprégné toute une part de la critique, fixant les références obligées, certaines options face au langage et à l’écriture, déterminant en somme un ensemble de normes tenues pour canoniques des exigences de la modernité. Il semble que l’on soit en train de dépasser les termes quelque peu sclérosés de cette vision, mais en tout état de cause, cette mutation s’effectue progressivement, au cas par cas, au gré d’un mouvement où l’on sort de catégories dogmatiques pour aborder enfin et plus en profondeur les rapports vrais, amenant d’ailleurs la nécessité de repenser la notion elle-même, pour ne pas souscrire à une acception normative : modernité historique ou modernité des postures ? Autrement dit, la modernité doit-elle être comprise dans cette mise à l’épreuve de la reformulation du poétique, comme une catégorie de l’histoire littéraire, ou demeurer un ensemble de critères subjectifs ? Les passerelles apparaissent alors au risque de l’examen, la complexité des relations est mise à jour, au-delà des simplifications habituelles. En cela, le cas de la confrontation de Saint-John Perse avec une modernité redéfinie par cette réorientation critique est assez exemplaire.



  

L'étincelle contre le nihilisme


En interrogeant l’actualité putative de la poétique de Saint-John Perse, c’est certainement un cas limite de l’investigation critique de la modernité que l’on est conduit à arpenter. Comment éviter de verser dans le risque d’une vision téléologique, en adoptant les paramètres d’aujourd’hui pour réévaluer une œuvre qui a traversé le siècle, et comment se déprendre surtout des présupposés d’une vision manichéenne ? Un tel questionnement est désormais inséparable de toute l’enveloppe qu’une certaine critique a fait peser pendant longtemps sur l’appréhension de la modernité poétique en général, fixant selon certains critères préétablis la ligne de partage entre les garants d’un renouveau du discours et les tenants d’un ordre ancien de la poésie. On a pu opposer jusqu’à la caricature les deux rives, redessinant pour le XXe siècle littéraire une nouvelle et anachronique querelle des Anciens et des Modernes : d’un côté donc, les grandes figures du Panthéon de la poétique moderne, Char, Michaux, Ponge ou Reverdy, de l’autre, les restaurateurs néo-classiques d’une vision archaïsante, les Supervielle, Valéry, Claudel ou Saint-John Perse.











  

Mis à part cette indépendance irréductible, c’est résolument l’image du conciliateur qui permet de synthétiser avec justesse la position de Perse dans l’évolution de la poésie moderne. Sous l’impulsion de Claudel, Saint-John Perse ne s’est pas identifié à la vacuité formelle consécutive à cette « crise de vers » naguère décrite par Mallarmé. Le choix d’un verset qu’on a dit « métrique » traduit certainement la recherche d’un équilibre, d’un cadre nouveau, qui ne se réduit pas d’ailleurs à une définition figée du rythme, mais au contraire, à une célébration textuelle du mouvement. Pour autant, le grief de passéisme et de restauration a pu être porté à l’encontre de cette revivification du mètre. On serait bien en peine de trouver en tout état de cause chez Perse, au travers de son œuvre, mais aussi de ses deux Discours (Poésie, le Discours de Stockholm de 1960, et Pour Dante, le Discours de Florence de 1965), la moindre complaisance pour l’horizon d’une rupture avec la tradition, si cher aux modernistes. Domine plutôt chez lui la proclamation de la permanence de l’« étincelle poétique » transcendant les époques, et soumise à la même et fondamentale exigence de clarté.
















Serait-ce la foi en la pérennité du poétique, à l’âge des nihilismes et du doute esthétique devenus paradigmes, qui a tenu également l’éthique persienne si éloignée du désenchantement de l’inspiration post-baudelairienne ? En tout cas, toujours du point de vue de sa réception, Perse a pu être perçu encore à l’écart de la modernité, dans son chant de l’avancée, de la conquête existentielle, préférées aux abîmes pathologiques de l’angoisse. Une nouvelle fois, s’impose la nécessité d’un réexamen, car s’il est vrai que cette célébration de la ferveur d’être irrigue bien la poétique de Saint-John Perse, c’est très souvent un « horizon d’attente » figé et simplifié qui fait ignorer la présence dans le discours persien, d’une certaine inquiétude, vertige traduit jusque dans la syntaxe elle-même (notamment dans Exil), avant d’être dépassé et finalement mis en échec.


Mais la question de la modernité est également celle du renouvellement du regard herméneutique, et dans le cas de celui qui est porté aujourd’hui sur l’œuvre de Saint-John Perse, il n’est pas fortuit que l’aspect le plus fréquemment revisité soit celui de la multiplicité des facettes qu’y recèle la sphère sensible et de l’importance de cet attachement à une présence immanente au monde, cette puissante « emprise au sol » qui, selon lui, garantit équilibre et clairvoyance à la quête ténébreuse de la poésie. Cette minutieuse exploration de l’infime présence sensible correspond aussi à un nouveau positionnement de la critique par rapport à la question de la référence telle qu’elle peut se déployer dans le langage poétique de Perse. Si la lecture de cette incarnation sensible fortement présente dans le verbe persien n’est pas nouvelle en soi, elle connaît bien une nouvelle vigueur et est par ailleurs étonnamment en prise avec les tendances actuelles de la création poétique, où l’attention à la « chair du monde » connaît un retour particulièrement prégnant. C’est du reste ce que mettent également en valeur la plupart des lectures intertextuelles qu’engage aujourd’hui l’œuvre de Saint-John Perse, mise en dialogue par exemple avec la poésie de Bonnefoy.


Modernité aussi des échos contemporains, échos littéraires et non plus simplement critiques, qui permettent de jauger la forte présence de Saint-John Perse (au-delà même des questionnements théoriques relatifs à sa modernité). Présence dans le monde francophone notamment, que l'on s'en souvienne simplement à titre d'exemple : dans bien des aires de la littérature dans le monde, le nom seul de Saint-John Perse est signifiant d'une certaine idée de la poésie, cette réalité (finalement assez rare, et que ne partagent qu'un nombre limités d'écrivains) tendant à prouver que cette oeuvre, depuis longtemps, n'appartient plus à la sphère française strcto sensu. La capacité de diffusion d'une oeuvre bien au-delà de son terreau premier, y compris quand il s'agit d'une oeuvre poétique si spécifique à la langue française, constitue-t-elle néanmoins un critère objectif de son rapport à la modernité ? On ne saurait soutenir l'argument jusqu'au bout en soi, sauf dans le cas de Perse, car il n'est pas inutile de constater que cette diffusion internationale de sa poésie a été de pair avec le développement d'autres modernités esthétiques que celle de la littérature française en tant que telle - et que l'on songe dans ce domaine, aux liens connus mais survolés jusqu’alors, avec Adonis, Mahmoud Darwich, Léopold Sedar Senghor ou Lorand Gaspar. C’est aussi de cette relecture-là que relève bien sûr aussi la continuelle réappropriation de Perse par les écrivains antillais, qu’ils appartiennent ou non au courant de la Créolité - comme il en est, de manière exemplaire, du rapport de Patrick Chamoiseau à Saint-John Perse. L'étonnante postérité de l’œuvre, qui se confirme dans le temps, a de quoi rassurer ceux qui craignent son enfermement dans l’écrin précieux de la Pléiade, venant confirmer ou infirmer sa place dans la modernité - préoccupation qui n'est pas près de cesser d'alimenter les querelles byzantines.